Blazing Eternity - "Times And Unknown Waters"
Denmark - 2000 - Prophecy Productions - 68'28
1. Concluding The Dive Of Centuries - 6'17
2. Fortabte Horisonter - 7'55
3. Of Times And Unknown Waters - 4'23
4. Still Lost In The Autumn Of Eternity - 6'06
5. (Sagnet Om) Manden Med Den Sorte Hat - 2'32
6. Dead Inside - 6'58
7. Dark Summernights Of Eternal Twilight - 10'32
8. End/Midnight - 23'45

Line-up :
Peter Nattevogter Mesnickow : vocals
Kim Larsen : guitars
Morten Lybecker : guitars
Magnus Ringling : bass
Lars Korsholm : drums
Anders Ro Nielsen : keyboards

Le royaume tout pourri du Danemark est né au Metal extrême avec des groupes ILLDISPOSED ou COMPULSORY (je passe sur King Diamond / MERCYFUL FATE), ce qui a couplé la réputation de ce petit pays avec une tradition de Death Metal assez gras et groovy, respectée par de nombreux suiveurs depuis lors.
Couronnés des lauriers d'une première démo appréciée ("Det Hvar En Natt Under Sorte Vinter Bøge"), BLAZING ETERNITY apportent la preuve que certains Danois sont capables d'ouvrir leur esprit embrumé par l'alcool à des sentiments un peu plus abstraits et nobles, tels que la mélancolie et des notions esthétiques dépassant le reflet scintillant du pâté de vomi sur le trottoir au clair de lune.
"Times And Unknown Waters" reprend les trois titres de la démo, plus cinq nouveaux. Que je sache, l'album n'a reçu que des critiques positives, et en un mot comme en cent je ne vais pas trop m'éloigner de la vox populi. Le style de BLAZING ETERNITY n'a rien d'une invention, mais se rapproche de quelque chose que le Metal semble avoir presque oublié ces derniers temps parmi une pelletée de groupes fixés sur l'avant-garde, le Cyber, l'Electro et autres secondes peaux qu'il est facile de faire tourner en foutaise. Ce que je veux signifier par-là est que BLAZING ETERNITY jouent une musique simple pour des gens simples, un Dark Metal mélodique, direct et bien équilibré qui n'emprunte pas des centaines de virages et de finasseries excessivement tordues.
Comme le suggère un artwork exsangue, "Times And Unknown Waters" s'écoute comme la bande son de mémoires douloureuses défilant en trombe devant la rétine, prises de vue d'une existence laborieuse dans laquelle chacun pourra reconnaître un peu de lui-même.
A la rigueur, c'est un peu comme si cette musique était anonyme, sans connotation péjorative aucune bien sûr, mais le fait indivisible est que chaque note, chaque mélodie, chaque passerelle acoustique semble saisir l'instant présent, absorber les questions en suspens, les peurs et les haines, et les traduire en idéal artistique. Les chansons ainsi créées s'évanouissent dans l'atmosphère lorsque la chaîne devient muette, mais elles restent des journées entières en suspension dans les nuages gris au-dessus de nos têtes, et suivent nos moindres pas pour nous rappeler à chaque occasion ce que le quotidien peut héberger d'amertume et de nausée. Ecouter de nouveau l'album au soir chez soi peut ainsi agir comme une sorte d'exorcisme, car chacun des passages qui vous auront hanté s'emboîte de nouveau à sa place originelle, et vous pourrez vous relaxer les méninges en sirotant un tonnelet de bière ou deux.
OK, c'est de cette façon que je ressens la musique de BLAZING ETERNITY, maintenant à chacun de se faire sa propre opinion bien sûr. Mais je ne m'arrêterai pas sans avoir essayé d'être plus explicite sur le contenu. Pour tout dire, l'album fait le funambule entre agressivité et lyrisme, et diffuse une authenticité dans l'expression que l'on peut retrouver chez des groupes comme KATATONIA, AGALLOCH ou PRIMORDIAL (les fans de ces groupes devraient jeter une oreille !), mais ne néglige pas les caractéristiques essentielles d'un Dark Metal digne de ce nom, à savoir des mélodies belles et longilignes qui vont se perdre dans la nuit, façon (old-)ANCIENT, et ne lésine pas sur une technique de batterie précise qui agrippe bien la poitrine et aide à faire monter l'adrénaline.
Une poignée de claviers se joignent au festin pour rehausser l'atmosphère brumeuse et passionnée, mais ils restent en retrait, ce qui évite à BLAZING ETERNITY de tomber dans le pompeux, ce qui est beaucoup mieux comme ça.
Le seul détail qui fait vraiment ombrage au CD est la faiblesse manifeste des vocaux clairs. Je vais finir par croire que le guitariste "culte" Kim Larsen est un chat noir car, même s'il n'est cette fois pas directement responsable de ces geignements monotones, les autres groupes dans lesquels il joue ou a joué (SATURNUS, :OF THE WAND AND THE MOON:) souffrent de défaillances similaires dans ce domaine… D'autre part les tentatives d'incruster des voix épiques et une sorte de "chœur" ne sont pas franchement opportunes, par exemple la partie claire au milieu de "Concluding The Dive Of Centuries" est une catastrophe, heureusement éphémère ! Et heureusement le chant clair est mixé à l'arrière la plupart du temps. Mais encore une fois il s'agit là d'un détail de peu d'importance comparé à la prestance globale de l'album, de même que ça n'endommage en aucun cas l'unité de la musique. D'ailleurs un changement de vocaliste est à l'ordre du jour et le prochain album qui verra le jour à l'été 2003 devrait être beaucoup plus performant à ce niveau, de même qu'il est censé voir une orientation plus atmosphérique que Metal, à voir…
Le sticker sur le boîtier suggère que BLAZING ETERNITY jouent du "Nordic Night Metal". Jolie définition, mais puis-je en donner une autre de mon cru : "Metal pour les petits coups de blues de tous les jours". Et du tout bon, mes amis.

Uriel : 85% (Avril 2003)



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